Au commencement, il y a toujours l'eau d'où finit par émerger la terre sous l’action du feu. Paraît l’air et la vie commence à sourdre de cet univers minéral. Les roches, en se dégradant salent la mer, se combinent pour former d’autres minéraux, finissent par former de l’argile.
L’argile est le matériau de la mémoire par excellence. Mémoire du vent qui l’emporte, mémoire de l’eau qui la charge de différentes particules, mémoire de la pression qui l’a soumise lorsque les paysages se forment, puis mémoire de chaque geste et respiration de celui qui la façonne, avant que le feu ne les révèle. Par la trace des éléments, par l’empreinte de notre corps, l’argile nous relie au monde.
Il y a toujours beaucoup de désir qui précède la fabrication d’un objet qu’il soit né du besoin quotidien ou du simple rêve de la forme entrevue. La courbe tendre d’une épaule, l’attache fine d’un poignet, la ramure du grand hêtre qu’on voit de loin, le fût du frêne tendu vers le ciel, la délicate fractale du chou romanesco, les tiges quadrangulaires des lamiacées. En plissant les yeux, ces formes sont parfaites parce que naturellement pures mais, qu’on les abordent moins du regard que de la main, et paraissent les petites imperfections, bosselures, dépressions subtiles qui sont à la manière d’une respiration, la figuration de la vie. Il en va de même pour les pots que l’on façonne. Dans l’odeur douceâtre de la terre mûre, on bataille un peu jusqu’à ce qu’elle se donne, de tout notre corps, on inspire la masse vers le ciel , mais toujours la forme conserve la vibration du moment où la matière sur le tour, semble soupirer dans le murmure de la roue, qu’elle est sur le fil. Le feu prolonge ce gémissement et lorsque l’on ouvre le four, souvent les pièces tintent encore de cette petite mélodie vaguement inquiétante: “j’étais sur le fil, j’étais sur le fil”.
Mais le feu ne révèle pas que la forme. La couche vitreuse de l’émail que l’on choisit d’appliquer conserve la mémoire de ses origines telluriques lointaines. Calcium, magnésium, potassium, alumine, silice, fer, voilà des composants d’émail dont nous sommes aussi tributaires pour vivre. Les glaçures sont vivantes. Luisantes, rugueuses, givrées, beurrées, nébuleuses, mattes, métalliques, elles donnent certes une couleur à la pièce mais plus encore une texture comme si sans cette dernière, la lumière ne pouvait faire son office.
A le lire, on pourrait croire que la poterie est une sorcellerie. sans doute y a t il un peu de cela. Quel potier ne place une part de son âme sur les étagères du four? est-ce qu’elle y brûle? Non, nous ne sommes pas dans l’organique. Le four, à l’instar du cocon du papillon, est le lieu de la fusion de la matière. Il en sort un imago parfois somptueux. Et l’âme du potier a-t-elle disparue? Non. Disons que son esprit pétri d’hypothèses, de formules chimiques, d’espoir aussi, ressort souvent changé et les ailes de ce papillon-ci ont parfois la couleur de la joie.
Et maintenant, prenez ce bol. Il est encore chaud de sa métamorphose. Les mains en coupe vous plongez le regard dans son creux. Voyez comme votre geste est naturel. Nous avons tous le même parce que le bol est le miroir de nos mains jointes. C’est un vide, plein de promesses.
Terre, forme, couleur, texture: Un petit monde de terre.
Installation de pièces en grès et création sonore.
Thaïs Nercessian/Maxime Nercessian
Un Petit Monde de Terre- Projet
Les objets -Thaïs Nercessian-
L’argile est sans doute le matériau le plus protéiforme qui soit. Le seul aussi qui, si proche de la main, peut être mis en œuvre sans outil créant de fait une intimité entre le corps et la matière; naturellement prolongée dans une proximité entre le pot et l’homme. L’objet est tributaire de tous les éléments de la nature pour exister. L’eau donne à la terre sa plasticité, l’air la sèche tandis que le feu la transfigure.
Ce que je me propose de présenter dans cette salle, c’est un chemin circulaire où l’on passerait d’un élément à l’autre tout en mettant en valeur l’attache puissante de l’humain à la nature par le biais d’objets de culture. Ces objets, bien que portant mémoire de leur usage se placeraient ici dans leur aspect symbolique, magnifiant ainsi leur potentiel d’origine tout en rappelant leur signification profonde. Cette déambulation montrerait par exemple une gradation de taille d’une forme identique, des études de formes qui, dans une série de pièces présenterait un intérêt cinétique, ou encore une multitude signifiant la répétition de l’unicité.
Création sonore - Maxime Nercessian-
Partant de l’idée de Thaïs Nercessian dont le projet s’articule autour des quatres éléments , je propose d’immerger l’ouïe des spectateurs dans le sujet de l’exposition. Au cours de leur promenade, ceux-ci ressentiront les basses profondes de la terre, le chant du vent qui sèche, les mille et un bruits plastiques de l’eau qui modèle patiemment les paysages ainsi que l’énergie du feu qui transforme les matières.
Pour que cela ne soit pas uniquement illustratif, je souhaite utiliser la technique dite du "layering" qui consiste à mélanger des échantillons naturels à des sons électroniques et de faire ainsi des compositions harmoniques. Cet alliage synthétique - naturel permettra enfin d’évoquer l'intemporalité de l’art allié à la nature, tout en l’inscrivant dans la modernité.
A propos du dispositif sonore : nous nous proposons de diviser chaque élément , feu , eau , terre et air en petits morceaux de musique indépendants qui pourront se conjuguer entre eux. Cela permettra au spectateur de passer d’un élément à l' autre dans la pièce de manière fluide. Une cinquième enceinte centrale diffusera le produit de cette alliance afin de mieux faire ressentir l’unicité du processus .
"Un petit monde de terre"
Exposition à Conques en Rouergue
Septembre 2022
Terre, forme, couleur, texture: Un petit monde de terre.
Installation de pièces en grès et création sonore.
Thaïs Nercessian/Maxime Nercessian
Les objets -Thaïs Nercessian-
L’argile est sans doute le matériau le plus protéiforme qui soit. Le seul aussi qui, si proche de la main, peut être mis en œuvre sans outil créant de fait une intimité entre le corps et la matière; naturellement prolongée dans une proximité entre le pot et l’homme. L’objet est tributaire de tous les éléments de la nature pour exister. L’eau donne à la terre sa plasticité, l’air la sèche tandis que le feu la transfigure.
Ce que je me propose de présenter dans cette salle, c’est un chemin circulaire où l’on passerait d’un élément à l’autre tout en mettant en valeur l’attache puissante de l’humain à la nature par le biais d’objets de culture. Ces objets, bien que portant mémoire de leur usage se placeraient ici dans leur aspect symbolique, magnifiant ainsi leur potentiel d’origine tout en rappelant leur signification profonde. Cette déambulation montrerait par exemple une gradation de taille d’une forme identique, des études de formes qui, dans une série de pièces présenterait un intérêt cinétique, ou encore une multitude signifiant la répétition de l’unicité.
Création sonore - Maxime Nercessian-
Partant de l’idée de Thaïs Nercessian dont le projet s’articule autour des quatre éléments , je propose d’immerger l’ouïe des spectateurs dans le sujet de l’exposition. Au cours de leur promenade, ceux-ci ressentiront les basses profondes de la terre, le chant du vent qui sèche, les mille et un bruits plastiques de l’eau qui modèle patiemment les paysages ainsi que l’énergie du feu qui transforme les matières.
Pour que cela ne soit pas uniquement illustratif, je souhaite utiliser la technique dite du "layering" qui consiste à mélanger des échantillons naturels à des sons électroniques et de faire ainsi des compositions harmoniques. Cet alliage synthétique - naturel permettra enfin d’évoquer l'intemporalité de l’art allié à la nature, tout en l’inscrivant dans la modernité.