Là où les choses commencent à continuer...

Voici ce que j'écrivais à l'automne 2014, fraîchement arrivée dans le  Limousin, refabriquant une nouvelle vie avec des brics et des brocs:

J’ai le bonheur de vous annoncer la naissance de mon fils Timour qui a vu le jour après le premier orage de la saison passée. Il a d’ailleurs semble-t-il conservé dans les yeux cette couleur indécise du ciel d’orage, entre ardoise luisante et vert bleuté des austères sapinières de ce pays, à moins que, plus génétiquement probable, il ne tienne cette prunelle enjôleuse de son père, le photographe Michel Godeau.

Des forêts profondes, un peu inquiétantes parfois, peuplées de bêtes, de divers génies, sylvains ou démons des eaux, bienveillants mais pas trop, accueillants quoique bien maîtres chez eux ;  des brumes matinales si épaisses qu’elles avalent le grandiose de cet horizon montagneux mais révèlent le tronc oblique du vieux pommier que l’on n’avait pas vraiment vu au milieu du pré ;  des orages qui bouleversent le ciel et laissent haletants, emplis de cette émotion primitive, enfantine, frayeur joyeuse ;  des animaux nombreux qui signalent leur passage, curieux de l’intrusion humaine, la migration des grues qui signe l’arrivée du premier froid, le sable de mica qui fait d’or le chemin jusqu’ au ruisseau bruissant ; une  voisine que je remerciais pour un renseignement donné, me réplique fièrement : « mais, vous êtes en terre de solidarité ici ! », solidarité oui, oh combien! Lorsque le village se rassemble pour aider à bouger le four et le place délicatement dans une grange que l’on me prête : trésor naturel, trésor humain. Il n’est pas un jour où je ne m’étonne, ne me réjouisse des richesses de ma terre d’accueil. Il n’est pas un jour où je ne rende grâce d’être au monde.

Je dois à l’énergie de mes proches le déménagement partiel de l’atelier. A la générosité, la confiance de Monsieur et Madame Léobon, mes plus proches voisins,  l’hébergement du four. Qu’ils reçoivent ici toute ma gratitude. Sans eux, point d’aventure potière cette année ! Aux amis, Betty, Joël, Nelly, Stéphane et Mélanie, Jean-Pierre, Lisa, Alice et Jérémie un grand merci pour leur présence, leur écoute, leur temps. A mes parents, récemment promus grands-parents, un grand merci pour leur attention constante et l’aide à la logistique !   Mais un remerciement tout particulier à Michel qui a, un temps, sacrifié la photographie et pouponné à ma place.

Comme l’atelier de mes rêves n’est encore que sur le papier, que la naissance d’un enfant implique, nombre d’entre vous le savent, une disponibilité certaine, c’est avec quelques complications que j’ai produit cette année. Alors, entre deux tétées, quelques changements de couches, les petites siestes de l’enfant, les moments de babillage radieux, les regards noyés de joie, j’ai  - un peu -  tourné et fait quelques cuissons. Il va de soi que la production en est différente. 

Bien à vous,

Thaïs N.